Mon Histoire

jean-marcAu début, il y avait pépé. Village de Lège, dans les Pyrénées. Pépé était propriétaire du seul café du grand village et moi, j’étais petit. Caché sous la seule table réfectoire du café, secrètement, je me délectais d’histoires de chasse, de braconnage, de contrebande et des histoires de mon grand-père qui parlaient de la montagne, de la valeur de la terre et de l’ours. Des amourettes qui sentent la paille aux premiers pas d’escalade pour piquer les pots de confiture de mémé cachés au-dessus de l’armoire : j’ai tout gardé en mémoire.

Ensuite, il y a eu les Pyrénées, ses hauts sommets, la maîtrise des éléments, la performance. L’altitude, les bivouacs, les victoires et la perte de copains de cordée. J’ai tout gardé en mémoire.

Puis il y a eu les montagnes d’ailleurs: plus loin, plus haut! Course effrénée, sensations fortes: ultime quête du bonheur. Douze ans, douze voyages, douze rencontres avec le même moine tibétain. Douzième rencontre: en tête à tête ce moine me fait oublier exploits et quête, en me livrant en quelques mots ce qu’il me reste d’essentiel: « Tu cherches le bonheur, tu me fais penser à un poisson qui dit « Je meurs de soif ».

 quarante ans, ma mémoire explose en mots: en contes. Bouleversé par le sens, la vérité et la poésie de cette phrase du moine bouddhiste, j’écris et raconte mes souvenirs. Je deviens Conteur des Cimes.

De refuge en refuge, dans les Pyrénées, je conte « Aeito el cap de la montagno »: Regarde le sommet de la montagne »: des histoires vraies, drôles ou émouvantes, toutes porteuses d’un message, qui racontent les couleurs, les odeurs, les valeurs: la vie d’un petit village. Suit le spectacle « Les amants de Pyrène », accompagné de musiciens, je raconte des mythes et des légendes qui font ressortir la sensualité, le plaisir, l’engagement et surtout l’esprit des pionniers du Pyrénéisme et des histoires inédites sur la passion dévorante de la montagne, le goût de l’effort et l’humilité face aux éléments.

Je conte en altitude parce que l’émotion y est plus forte, pour l’effort que fait le public de monter m’écouter et pour l’ivresse et la magie d’être tous réunis dans une petite cabane perchée sur les cimes au milieu de nulle part une manière de vivre la montagne autrement, avec le cœur et les mots.
Dix ans ont passé. J’ai conté dans des contrées plus lointaines puis dans des centres sociaux, des écoles, des asiles, des prisons, des bibliothèques. Partout, les spectateurs s’y retrouvent et se reconnaissent tant la vie et les gens ici, ressemblent à ceux d’ailleurs. Pour servir le conte, il y a des chemins à partager!

À présent, je sais descendre des montagnes pour accompagner des jeunes dans leur lutte contre l’illettrisme, me marier à d’autres conteurs pour des « treks contés» au centre de Toulouse, de Pau, de Bordeaux, pour partager des histoires d’univers grouillants et colorés de gens si pareils, si différents. Je puise mes idées pendant mes escapades, dans mon potager, dans la presse écrite ou les actualités : sans oublier d’en rire.

Toujours accro de la montagne, en quête de lumière, je cherche désormais les vérités au fond du cœur des hommes, au cœur de la tolérance, au-delà des différences: « Au-delà des murs »!